La situation déjà là : une vallée, une guerre, une régence, une capitale.
Sept figures pour comprendre la Savoie.
Avant d’être un département, la Savoie a été un pays : un comté, puis un duché, puis une pièce d’un royaume dont la cour a fini par quitter les vallées. Sept personnes suffisent à suivre ce chemin. Chacune répond à une question.
Le même geste, sept fois.
On ne retient pas une vie entière. On retient l’acte qui change le pays. Les dates viennent des notices Grokipedia et, quand elles se contredisent, des archives et des musées cités en bas de page.
L’acte daté. Un serment, un ordre de chevalerie, un traité, un livre.
La trace qu’on peut encore nommer : un titre, une ville, une devise, une absence.
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XIe siècle · Maurienne
Humbert aux Blanches Mains
Fin du Xe siècle — 1047 ou 1048 · premier comte
D’où vient un pays ?
On ne connaît pas le jour de sa naissance. On le voit dans les actes. Le 4 avril 1003, une charte le nomme déjà « Umberto comitis », avec son épouse Auxilia — les textes la disent aussi Ancilla ou Ancelie. Il tient alors la Maurienne : une vallée, des cols, pas encore un État.
Il reçoit
Un pays de passages. Des droits sur les chemins qui relient la Bourgogne à l’Italie, des liens avec les évêques. Sa famille d’origine reste incertaine : les chroniques tardives inventent des ancêtres que les chartes du temps ne confirment pas.
Il décide
Rodolphe III, dernier roi de Bourgogne, meurt le 1er septembre 1032. Humbert prête fidélité à l’empereur Conrad II et l’aide contre Eudes II de Blois. Vers 1032, l’empereur l’investit du comté de Maurienne. En 1034, il reçoit le Chablais et l’avouerie de l’abbaye de Saint-Maurice d’Agaune. Les cols — Mont-Cenis, Grand et Petit Saint-Bernard — deviennent sa force.
Il laisse
Une maison, pas seulement un domaine. Quatre fils. L’aîné, Amédée, puis son frère Othon, qui épouse Adélaïde de Suse et ouvre le versant italien. Deux autres deviennent évêques. Le pays passe de frère en frère sans se partager. Humbert meurt en 1047 ou 1048.
Phrase à retenirUn pays de montagne commence souvent par un col, un serment, et un acte qu’on peut encore lire.
Date 1032, le comté Date 1046, son fils passe les Alpes Notice Humbert Ier
Le lieu
XIIIe siècle · des cols jusqu’à Londres
Pierre II le Petit Charlemagne
Vers 1203 — 16 mai 1268 · comte de 1263 à 1268
Comment un pays grandit sans être un empire ?
Septième fils de Thomas Ier et de Marguerite de Genève. On le destine à l’Église : chanoine à Lausanne en novembre 1226, prévôt d’Aoste, puis de Genève. En février 1234, il épouse Agnès, héritière du Faucigny, et quitte les ordres. Il ne devient comte que tout à la fin.
Il reçoit
Une famille déjà installée des deux côtés des Alpes, et une porte à la cour d’Angleterre : sa nièce Aliénor de Provence est l’épouse du roi Henri III.
Il décide
En 1246, Henri III lui donne un terrain au bord de la Tamise. Pierre y fait bâtir le palais de Savoie, qui laisse son nom au quartier de Londres. Le 10 juin 1263, à Chambéry, trois jours après la mort de son neveu Boniface, il prend le titre de comte. En 1267, ses gens défendent Chillon. Le traité du 8 septembre 1267 confirme la Savoie dans le Pays de Vaud.
Il laisse
L’idée qu’un prince de vallée peut être un prince d’Europe. Il meurt au château de Pierre-Châtel, sans fils pour lui succéder, et il est enterré à l’abbaye d’Hautecombe. Le comté passe à son frère Philippe Ier.
Phrase à retenirLa Savoie grandit par les mariages, les cols et les châteaux, autant que par les batailles.
Date 1232, Chambéry est déjà le siège Date 1388, la mer, après lui Notice Pierre II
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XIVe siècle · Chambéry
Amédée VI le Comte Vert
4 janvier 1334, Chambéry — 1er mars 1383, Campobasso
Comment un pays se donne-t-il un visage ?
Fils d’Aymon le Pacifique et de Yolande de Montferrat. Il a neuf ans en 1343, à la mort de son père. Sa mère assure la régence. Adulte, il s’habille de vert. Le surnom vient de là.
Il reçoit
Un comté déjà solide, tenu entre le Dauphiné, Genève, Milan et l’Empire. En 1356, il conquiert le Faucigny et garde ainsi des cols et des revenus.
Il décide
Il fonde l’ordre du Collier : un collier, des nœuds blancs et verts, la devise FERT. L’année n’est pas stable. La légende des archives de Turin dit une fondation de 1362, et le paragraphe suivant de la même page dit 1344. Le texte qui reste est du 30 mai 1409, renouvelé par Amédée VIII. L’ordre devient celui de l’Annonciade. En février 1366, il prend la mer. Le 26 août, ses gens enlèvent Gallipoli aux Ottomans et portent secours à l’empereur byzantin Jean V. En 1381, il est le médiateur, à Turin, de la paix qui termine la guerre de Chioggia entre Venise et Gênes.
Il laisse
Un comté qui a un rite, une couleur et une voix hors des Alpes. Son testament du 27 février 1383, à Monteleone, désigne son fils Amédée VII. Il meurt quatre jours plus tard.
Phrase à retenirUn État se reconnaît quand les siens portent le même signe.
Date 1381, la paix à Turin Date 1409, le texte du Collier Date 1388, Nice, c’est son fils Notice Amédée VI Notice Paix de Turin, 1381
Regardez plus bas le portrait de Victor-Amédée II : trois siècles et demi après, l’écharpe porte encore les lettres FERT.
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XVe siècle · de Chambéry à Ripaille
Amédée VIII le Pacifique
4 septembre 1383, Chambéry — 7 janvier 1451, Genève
Quand un comté devient-il un duché ?
Il a huit ans en 1391, à la mort de son père Amédée VII. Il grandit comte. Il meurt prince, duc, et dernier antipape de l’histoire occidentale.
Il reçoit
Le comté, puis le Genevois en 1401, et une autorité déjà assez large pour qu’un empereur la hausse d’un rang.
Il décide
Le 19 février 1416, l’empereur Sigismond l’élève au titre de duc de Savoie. La cérémonie est liée à son séjour dans les États de la maison, jusqu’au château de Chambéry. En 1434, Amédée se retire à Ripaille, sur le lac Léman, près de Thonon, avec six compagnons, et y fonde l’ordre de Saint-Maurice. Le 6 janvier 1440, il abdique en faveur de son fils Louis. Entre-temps, le concile de Bâle l’élit pape le 5 novembre 1439. Il accepte le 14 décembre, sous le nom de Félix V. Il renonce le 7 avril 1449.
Il laisse
Le mot « duché ». Et une limite : le titre le plus haut de la chrétienté, pris contre le pape de Rome, ne tient que si l’Europe suit. La sienne ne suit presque pas. Il meurt à Genève. Il avait demandé Hautecombe. On l’enterre à Ripaille.
Phrase à retenirEn février 1416, la Savoie change de nom. Les montagnes sont les mêmes. Le rang ne l’est plus.
Date 1409, le Collier Date 1416, le duché Date 1418, le Piémont Notice Amédée VIII
Une autre notice donne le 9 février 1416, au château de Chambéry. On retient ici le 19 février, date de la notice biographique.
De son vivant
XVIe siècle · de Chambéry à Turin
Emmanuel-Philibert Tête de Fer
8 juillet 1528, Chambéry — 30 août 1580, Turin
Comment un pays revient-il quand on l’a occupé ?
Fils de Charles III et de Béatrice de Portugal. Le 17 mars 1553, son père meurt à Verceil et il devient duc. Il a le titre, et presque plus de pays : depuis 1536, la France occupe la Savoie et le Piémont. Il fait la guerre au service de Charles Quint, puis de Philippe II.
Il reçoit
Un duché sous garnisons étrangères, et une place de général dans l’armée des Habsbourg. Le surnom Testa di Ferro, Tête de Fer, vient de cette guerre.
Il décide
Le 10 août 1557, à Saint-Quentin, il bat l’armée française du connétable Anne de Montmorency. La paix du Cateau-Cambrésis, le 3 avril 1559, lui rend l’essentiel des terres. Le 9 août, il épouse Marguerite de France, fille de François Ier et sœur d’Henri II. Il entre à Turin le 29 août 1559. Le 12 janvier 1562, à Rivoli, naît leur fils Charles-Emmanuel. En 1563, il transfère la capitale de Chambéry à Turin, et l’italien devient langue de l’administration.
Il laisse
Un prince de nouveau chez lui, et une capitale qui n’est plus dans les vallées. La Savoie reste dans l’État. Le cœur politique part vers le Piémont. La France garde longtemps une main sur la Bresse, le Bugey et le pays de Gex. En 1561, la paix de Cavour laisse aux vaudois leurs vallées : il reconstruit un État catholique, et il borne un espace plutôt que de poursuivre la guerre chez lui. Il meurt à Turin. Son fils a dix-huit ans.
Phrase à retenirOn peut rendre un pays à son prince. Le prince peut ensuite emporter la capitale.
Date 1536–1559, l’occupation Date 1563, Turin Notice Emmanuel-Philibert
Les lettres conservées à l’Archivio di Stato di Torino sont adressées par Charles-Emmanuel, prince de Piémont, à Emmanuel-Philibert, « son père ». Les Musei Reali de Turin disent la même chose, et rappellent le transfert de 1563. Une phrase de synthèse sur Grokipedia prétend que le mariage n’eut pas d’héritier. On suit les archives.
Estampe du XVIIe
XVIe–XVIIe siècle · Thorens et Annecy
François de Sales
21 août 1567, château de Sales, à Thorens — 28 décembre 1622, Lyon
Qui parle aux habitants, quand le prince parle aux rois ?
Il n’est pas duc. Il est savoyard, fils aîné de François de Sales, seigneur de Boisy, et de Françoise de Sionnaz. Il étudie le droit à Padoue. Ordonné prêtre le 18 décembre 1593, contre le souhait de son père, il revient dans un duché coupé par la foi.
Il reçoit
Genève est calviniste depuis 1535. L’évêque de Genève ne peut plus y siéger. Le siège réel de son diocèse est déjà à Annecy.
Il décide
Dans le Chablais, il parle, il visite, il fait imprimer de courtes feuilles. Le 8 décembre 1602, il est sacré évêque de Genève et demeure à Annecy. En 1609 paraît l’Introduction à la vie dévote : la vie chrétienne y est proposée à des gens qui ont une maison, un métier, une famille. Le 6 juin 1610, avec Jeanne de Chantal, il fonde à Annecy l’ordre de la Visitation.
Il laisse
Une façon de parler qui devient une marque savoyarde : exigeante, et sans éclat de voix. Annecy reste la ville de l’évêque absent de Genève. Il meurt à Lyon. Il est canonisé en 1665, déclaré docteur de l’Église en 1877, et patron des écrivains et des journalistes en 1923.
Phrase à retenirUn pays, ce sont aussi les livres qu’on y écrit, et la façon dont on y parle aux gens.
Date 1601, la paix de Lyon, pas son acte Date 1713, la couronne, après lui Notice François de Sales
Le collier FERT
XVIIe–XVIIIe siècle · Turin
Victor-Amédée II
14 mai 1666, palais royal de Turin — 31 octobre 1732
Quand un duché devient-il un royaume ?
Fils de Charles-Emmanuel II et de Marie-Jeanne-Baptiste de Savoie-Nemours. Il naît à Turin : la capitale a déjà quitté Chambéry depuis un siècle. Duc à neuf ans, en 1675. Sa mère est régente jusqu’en 1684.
Il reçoit
Un État coincé entre la France de Louis XIV et les Habsbourg, avec une armée, une administration, et une cour déjà piémontaise.
Il décide
Pendant la guerre de Succession d’Espagne, il change de camp et tient. En 1706, le siège de Turin arrête l’armée française en Italie. Au traité d’Utrecht, en 1713, il reçoit le royaume de Sicile et le titre de roi. Il est couronné à Palerme. La guerre de la Quadruple-Alliance l’oblige à échanger cette île riche contre la Sardaigne. Le traité de La Haye, le 17 février 1720, fixe l’échange. Il est roi de Sardaigne.
Il laisse
Une couronne, et un royaume qui n’est pas la Savoie seule : Turin, le Piémont, les vallées, une île. Le 29 septembre 1730, au château de Rivoli, il abdique en faveur de son fils Charles-Emmanuel III. Les cols restent précieux. Ils ne sont plus le centre.
Phrase à retenirLa couronne élève la maison. Elle éloigne aussi la cour des vallées.
Date 1706, Turin tient Date 1713, le royaume Notice Victor-Amédée II
Le pays cesse d’être un État.
Ce jour-là, à Turin, le royaume de Sardaigne — le roi est Victor-Emmanuel II — cède le duché de Savoie et l’arrondissement de Nice à la France de Napoléon III. C’est le prix de l’aide française contre l’Autriche, promis dès l’entrevue de Plombières en 1858.
Le traité prévoit de demander aux habitants. Le vote a lieu les 22 et 23 avril 1860. Le 29 avril, la cour d’appel de Chambéry proclame 130 533 oui, 235 non et 71 nuls, sur 135 449 inscrits. Des observateurs du temps contestent les conditions du scrutin : présence de troupes françaises, opposition presque sans espace pour faire campagne.
Les chiffres proclamés sont ceux-là. L’effet juridique aussi : après huit siècles de comtes, de ducs et de rois issus de la même maison, la Savoie n’est plus un État. Elle entre dans la France. Le château de Chambéry reste. La couronne, non.
Archives, musées, Grokipedia.
Pas de notice d’encyclopédie généraliste recopiée. Chaque figure s’appuie sur sa page Grokipedia. Quand cette page se contredit — c’est le cas pour l’héritier d’Emmanuel-Philibert, et pour le jour exact de février 1416 — la phrase retenue est celle que confirment les archives ou le musée.
Notices
- Humbert I, Count of Savoy — charte du 4 avril 1003, fidélité à Conrad II après le 1er septembre 1032, Chablais et Saint-Maurice en 1034.
- Peter II, Count of Savoy — palais de Savoie à Londres en 1246, comte le 10 juin 1263, siège de Chillon en 1267, mort le 16 mai 1268, sépulture à Hautecombe.
- Amadeus VI, Count of Savoy — naissance à Chambéry, Gallipoli le 26 août 1366, mort à Campobasso. L’ordre du Collier : 1362 dans la légende d’archives, 1344 au paragraphe suivant. Le texte conservé est du 30 mai 1409.
- Paix de Turin, 8 août 1381 — médiation d’Amédée VI entre Venise et Gênes.
- Amadeus VIII, Duke of Savoy — élévation le 19 février 1416, Ripaille en 1434, abdication le 6 janvier 1440, Félix V, renonciation le 7 avril 1449, mort à Genève le 7 janvier 1451.
- Emmanuel Philibert, Duke of Savoy — Saint-Quentin le 10 août 1557, Cateau-Cambrésis le 3 avril 1559, capitale à Turin en 1563. Le récit de l’héritier, plus bas, corrige une phrase contradictoire de cette notice.
- Francis de Sales — Thorens, 21 août 1567 ; sacre le 8 décembre 1602 ; Introduction à la vie dévote en 1609 ; Visitation le 6 juin 1610 ; mort à Lyon le 28 décembre 1622.
- Victor Amadeus II — duc en 1675, Sicile en 1713, Sardaigne par le traité de La Haye du 17 février 1720, abdication à Rivoli le 29 septembre 1730.
- Traité de Turin (1860) et Annexation of Savoy — cession du 24 mars 1860, résultats proclamés à Chambéry le 29 avril.
Archives et musées
- Archivio di Stato di Torino — statuts du Collier du 30 mai 1409. La légende dit une fondation de 1362. Le paragraphe suivant dit 1344.
- Archivio di Stato di Torino — inventaire des lettres des ducs. Mazzo 12 : lettres de Charles-Emmanuel Ier, prince de Piémont, à Emmanuel-Philibert « son père », 1576-1579.
- Musei Reali, Turin — Charles-Emmanuel Ier, fils d’Emmanuel-Philibert et de Marguerite de Valois, fille de François Ier ; capitale transférée de Chambéry à Turin en 1563.
- Catalogo generale dei beni culturali — notice du portrait de Charles-Emmanuel Ier au château d’Agliè : né à Rivoli en 1562, fils d’Emmanuel-Philibert et de Marguerite de France.
- Metropolitan Museum of Art — Jean Morin, Saint François de Sales, estampe, inv. 41.56.16.
- Vatican News — François de Sales, évêque de Genève et docteur de l’Église.